Pourquoi utilise-t-on les pesticides?
Les pesticides sont utilisés pour détruire, attirer, éloigner ou lutter directement ou indirectement contre tout animal, toute plante ou tout autre organisme qui est nocif, gênant ou qui peut causer des blessures. À titre d'exemple, les pesticides sont utilisés pour lutter contre certaines espèces de moustiques qui sont des vecteurs du *virus du Nil occidental (VNO), contre les rongeurs qui infestent les maisons et contre les algues et les micro organismes dans les piscines et les spas. Les pesticides sont également utilisés pour lutter contre les organismes nuisibles qui peuvent nuire à la santé d'un animal, d'une plante ou d'un autre organisme. À titre d'exemple, il y a les maladies des cultures, les puces sur les chiens et la mouche faciale des vaches laitières. Les pesticides sont des produits chimiques utilisés pour protéger les récoltes des insectes (insecticides), mauvaises herbes (herbicides), moisissures (fongicides) et vermines (vermicides). Les problèmes d'épidémie et leur gestion varient fortement à travers l'Europe et dépendent du climat, du type de sol et de beaucoup d'autres conditions. L'utilisation de pesticides permet la production d'une quantité suffisante de produits agricoles et de matières premières de bonne qualité à un coût acceptable.
L'agriculture n'est pas la seule utilisatrice de pesticides. En France, 10 000 tonnes ont été utilisées en 1999 par :
- les gestionnaires privés d'infrastructures autoroutières,
- les services départementaux (routes) et communaux (espaces verts),
- les jardiniers amateurs,
- les Voies Navigables de France,
- la SNCF et ses trains “ désherbeurs ”.
- les golfs...
La conséquence de l'utilisation des pesticides sur la nature
Les pesticides dans notre environnement
Déversés dans notre environnement lors des traitements, les pesticides y sont présents partout !
- Dans l'eau
D'après l'Institut Français de l'environnement (IFEN) on trouve des résidus de pesticides dans 96% des eaux superficielles et dans 61% des eaux souterraines en France analysées . Sur environ 400 substances recherchées, 201 ont été mises en évidence dans les eaux de surface et 123 dans les eaux souterraines. Les herbicides sont les composés les plus retrouvés dans les eaux.
- Dans l'air
Entre 1995 et 1996, l'INRA de Rennes a installé des stations de mesure de pesticides dans les eaux de pluie (2). Les résultats furent accablants : presque tous les échantillons contenaient des pesticides et 60% d'entre eux dépassaient les 0,1µg/l, Concentration Maximale Admissible (CMA) pour l'eau de distribution ! -
- Les brouillards
Ils sont aussi touchés, à des teneurs encore supérieures à celles des eaux de pluie : jusqu'à 140µg/l, soit 140 fois la CMA de l'eau potable. Un certain nombre d'études ont été réalisées sur ce sujet et les résultats concordent tous : la contamination par les pesticides est généralisée. En effet, les pesticides pulvérisés sur les cultures n'atteignent pas en totalité leur cible, loin s'en faut. On estime que lors de la pulvérisation 25 à 75 % des quantités de pesticides appliquées partent dans l'atmosphère (3), ce qui entraîne une contamination de l'air, des brouillards et des pluies par les pesticides.
Les pesticides dans nos maisons
Nos maisons ne sont pas des abris étanches contre les pesticides. De nombreuses enquêtes ont prouvé que nos domiciles contiennent presque toujours des pesticides.
Ainsi une enquête américaine (1) a mis en évidence la présence d'au moins un pesticide dans l'air des maisons étudiées. Une autre (2) met en évidence la présence de 8 à 18 pesticides différents par habitation ! En Europe, le constat est le même, bien que dans notre pays nous ne disposions pas de données ... apparemment faute d'études réalisées. Une étude allemande (3) met en évidence la présence de perméthrine dans 90% des foyers étudiés. Plus étonnant encore, l'air intérieur de nos maisons semble être plus contaminé par les pesticides (4) que l'air extérieur ! Récemment une étude a conclu que l'utilisation de pesticides à proximité immédiate des habitations avait pour résultat d'augmenter sensiblement leur présence résiduelles dans les habitations (5). Les chercheurs ont mis en évidence que les pesticides rentrent dans la maison principalement par la poussière et les particules de terre apportées de l'extérieur par les animaux domestiques et les personnes quand elles rentrent dans les maisons. Ajoutons que les pesticides présents dans les maisons peuvent avoir été utilisés à l'intérieur même des maisons ; c'est le cas des insecticides (plus de 80% des poussières collectées pour une étude allemande (6) en contenaient)
Conséquences possibles des pesticides sur des espèces vivantes
Insectes utiles
Les pesticides, en particulier les insecticides, peuvent avoir des répercussions majeures sur les insectes utiles, notamment sur les pollinisateurs et les insectes prédateurs qui se nourrissent d'autres insectes. Les insectes pollinisateurs, comme les abeilles, qui contribuent à la reproduction de plusieurs espèces végétales, peuvent s'intoxiquer lors de la pulvérisation ou en butinant des fleurs de plantes qui ont été arrosées avec des pesticides. L'élimination des insectes entomophages* par les pesticides a pour conséquence d'éliminer les agents de lutte naturelle contre certaines populations d'insectes.
Oiseaux
Au Canada, une trentaine de pesticides homologués peuvent affecter les oiseaux. La plupart de ces produits sont des insecticides organophosphorés et carbamates. Les oiseaux peuvent absorber les pesticides par leurs pattes ou par leur peau, les inhaler ou les ingérer en se lissant les plumes après s'être frotté contre le sol ou le feuillage contaminé. Les pesticides granulaires sont particulièrement dangereux pour les oiseaux, qui peuvent confondre les granules avec des graines ou du gravier dont ils se servent pour broyer leur nourriture. De nombreuses mortalités d'oiseaux ont été observées au Canada par suite de l'utilisation d'insecticide granulaire dans les champs de maïs. Les oiseaux qui fréquentent les champs agricoles ou les vergers traités pour se nourrir d'insectes contaminés (sauterelles, hannetons et vers gris) sont également exposés aux pesticides.
Amphibiens
Des études américaines et québécoises récentes montrent que l'herbicide atrazine, utilisé dans la culture de maïs peut induire des cas d'hermaphrodisme (grenouille qui a les deux sexes), des effets de démasculinisation et une diminution du développement des gonades chez les grenouilles mâles, ce qui pourrait avoir des conséquences sur la reproduction des amphibiens. Cet herbicide tend aussi à diminuer la réponse immunitaire, ce qui rend les grenouilles plus susceptibles aux infections par les parasites, souvent identifiés comme la cause des malformations observées chez les populations de grenouilles des régions agricoles. Des chercheurs d'Environnement Canada mènent actuellement une étude afin de vérifier l'hypothèse d'un lien potentiel entre la présence de pesticides et les taux parfois élevés de malformations chez les populations de grenouilles qui colonisent les étangs de fermes ou les milieux humides qui bordent les champs en culture.
Poissons et autres espèces aquatiques
Les pesticides utilisés aujourd'hui en agriculture sont très diversifiés. Pour l'environnement, cela se traduit par un plus grand nombre de produits présents dans l'eau. Ces mélanges de pesticides peuvent avoir des effets toxiques cumulatifs sur les espèces aquatiques. En plus de leur toxicité individuelle et cumulée, les pesticides peuvent aussi agir comme perturbateurs endocriniens chez certaines espèces de poissons. Une étude du U.S. Geological Survey effectuée sur une vingtaine de cours d'eau américains montre une relation entre la somme des pesticides présents dans l'eau et des changements notés dans la balance estrogène/testostérone chez les carpes de ces rivières.
Des études indépendantes menées par des instituts de recherches en France, au Royaume-Uni et en Allemagne montrent également que, même à des concentrations très faibles, certains pesticides comme l'atrazine ou le diazinon peuvent avoir des effets sur les activités de nage des poissons, leurs comportements de regroupement et leurs mécanismes de reproduction. Ces effets sont parmi les causes soupçonnées dans le déclin du chevalier cuivré. Cette espèce de poisson, unique au Québec, peuplait autrefois les rivières Richelieu et Yamaska. Aujourd'hui inscrite sur la liste des espèces menacées, son secteur de distribution se limite presque essentiellement à la rivière Richelieu, où la population restante éprouve de sérieuses difficultés à se reproduire.